L'industrie suisse de la défense en difficulté
L’entreprise Rheinmetall Air Defence, filiale helvète du géant allemand de l’armement Rheinmetall, est un acteur important de l’industrie de défense notre pays. En effet, c’est l’un des rares fabricants de systèmes d’armes complets, la plupart des entreprises helvètes étant plutôt actives dans la sous-traitance.
Rachetée en 1924 par des investisseurs allemands, la firme qui s’appelle alors Oerlikon, du nom de la commune zurichoise où elle est implantée, produit des canons antiaériens depuis lors. L’objectif est initialement de contourner le Traité de Versailles interdisant à l’Allemagne de fabriquer pratiquement tous les équipements lourds sur son sol. Les canons Oerlikon, réputés pour leur fiabilité et leur efficacité, ont équipé de nombreuses armées dans le monde, qu’il s’agisse des modèles de 20 mm, puis, durant la guerre froide, de ceux 35 mm, avec le modèle GDF.
Au début des années 2000, c’est le géant Rheinmetall qui rachète l’entreprise et lance le développement d’un nouveau système : le Skynex, semi-mobile, et le Skyranger, destiné à être monté sur des véhicules blindés. Le premier entre en service au début des années 2010. Il a fallu attendre les enseignements de la guerre du Haut-Karabagh pour que le développement de la version mobile soit accéléré. Elle est finalement disponible à la fin de l’année 2023.
Depuis lors, les commandes pour ces équipements s’enchaînent. Allemagne, Autriche, Hongrie, Belgique, Italie, Danemark, Pays-Bas ou encore Ukraine ont en effet signé des contrats avec Rheinmetall. Deux nouvelles commandes s’y sont ajoutées en juin 2026 : la Roumanie ainsi qu’un client dont la nationalité n’a pas été révélée.
Très bien ! Mais l'on pourrait malgré tout parler de paradoxe. Pourquoi ? Eh bien pour la simple et bonne raison que la majorité de la fabrication de tout cela ne se fera pas en Suisse. En effet, Bucarest a exigé qu’environ la moitié des acquisitions qu’elle a passées, qui font partie d’un important paquet se montant à 5,7 milliards d’euros (!), soit produit sur son sol. Pour l’autre commande, seules les munitions seront fabriquées en Suisse. L’on retrouve le même schéma pour l’achat massif de véhicules blindés Piranha et Eagle par l’Allemagne : les produits suisses sont apparemment appréciés des clients étrangers, mais à condition qu’ils ne soient pas assemblés chez nous. L’usine Mowag, à Kreuzlingen (TG), ne profitera donc pas de cette acquisition effectuée par Berlin.
Cela est dû à notre législation sur les exportations d’armes, trop restrictive aux yeux de nos partenaires européens. Raison pour laquelle celle-ci a été modifiée par le Parlement à la fin de l’année dernière. Mais les électeurs devront encore donner leur assentiment, une coalition de partis de gauche et d’ONG ayant saisi le référendum. Nous voterons en novembre sur la question, comme l’a annoncé la Chancellerie fédérale.
Rappelons que la Suisse souhaite également disposer de Skynex. Un nombre non spécifié de systèmes, pour un montant de 800 millions de francs, est proposé au Parlement dans le cadre du Programme d’armement 2026. Il s’agit d’une première tranche qui devrait en appeler d’autres, comprenant également des Skyranger. Cela devrait amener une certaine activité au site de production zurichois.
Mais les commandes helvètes ne suffiront à elles seules pas pour maintenir sur notre sol des capacités industrielle dans le domaine de la défense. Celles-ci sont d’ailleurs déjà limitées. Si la technologie suisse conserve une excellente réputation, notre pays risque progressivement de devenir un modeste centre de conception et d'ingénierie, tandis que la production se délocalisera vers les pays clients. Cela serait dommageable, tant en termes d’emplois et d’indépendance que du point de vue militaire. Il sera donc particulièrement important d’accepter, et de faire accepter, la modification de la loi sur le matériel de guerre lors de la votation à venir en novembre prochain.