Réforme du service civil : une nécessité équilibrée

Comme nous l’expliquions la dernière fois, les modifications apportées au service civil sont relativement ciblées et mesurées. Il n’est d’ailleurs absolument pas question de le démanteler comme le prétendent de manière outrancière les opposants. Le service civil reste en effet ancré dans la Constitution et il faudrait une nouvelle votation pour le supprimer. Ce n’est absolument pas à l’ordre du jour.

La volonté du Parlement est en revanche de revenir sur une liberté de choix qui existe de fait. Or celle-ci est tout à fait inconstitutionnelle. En 2008, dans un contexte bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, les autorités ont accepté la suppression de l’examen de conscience et l’introduction de « la preuve par l’acte ». La logique derrière ce principe est que l’accomplissement d’un service d’une durée 1,5 fois plus longue que les obligations militaires démontre que les astreints ont des problèmes de conscience, c’est-à-dire que, pour des raisons morales, ils ne peuvent pas être incorporés à l’armée.

Depuis lors, le nombre d’admissions n’a cessé de croître et a fini par dépasser les 7200 l’année dernière. On le voit donc, le principe de la preuve par l’acte ne remplit plus son objectif. Les jeunes citoyens ont manifestement la possibilité de sélectionner une voie ou l’autre, sans réelle barrière. Ce choix qui leur est proposé n’est pas forcément facile à faire. Mais il reste un choix. Il est donc temps de revenir, modestement, à l’esprit de notre loi fondamentale. Cela permettra de compléter les effectifs de l’armée mais aussi d’assurer la crédibilité de nos institutions.

Crédibilité, oui, car quand certains choisissent systématiquement la voie la plus confortable, la charge collective repose davantage sur les autres. En effet, les contraintes militaires (cours de répétition imposés, vie en communauté, discipline, etc.) sont assumées par une partie seulement des astreints. Cette situation crée une forme d’injustice civique. Or une obligation n’est acceptable que si elle est répartie équitablement entre tous les citoyens. À l’heure où l’individualisme ne fait que de progresser dans nos sociétés, il faut se rappeler qu’une collectivité ne fonctionne que si chacun accepte une part de contrainte. De la même manière, nombre d’institutions ont malheureusement détourné ce service de remplacement et ont en profité pour en faire un réservoir de main-d’œuvre à bas coût, en concurrence avec le marché du travail, dans lequel un certain nombre de jeunes peinent à trouver leur place.

Et si l’armée rencontre actuellement des problèmes et des défis, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Une fuite massive vers le service civil ne résoudra aucune des difficultés rencontrées par notre outil de défense. Ces deux thématiques ne doivent pas être opposées, mais abordées en parallèle.

Il ne faut donc pas craindre de voter « oui » à la modification de la loi fédérale sur le service civil le 14 juin prochain. Cela ne peut que renforcer nos institutions, notre sécurité, et donc notre pays.